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Voyage

Un musée pour comprendre le lien entre les hommes et la mer

Image: vue depuis l’île de Toshijima, une des îles de Toba 

 

L’article ci-dessous a été écrit dans le but de présenter le musée de la mer de Toba et le lien avec Cédric Morgan, auteur du livre les sirènes du pacifique sur les plongeuses ama. Je l’ai proposé au Conseil des collectivités locales pour les relations internationales (CLAIR) de Paris qui a accepté de le publier en français mais aussi en japonais (disponible sur ce lien).

 

Le bruit des vagues, le souffle d’une brise légère, bienvenue à Toba, une ville qui s’étend sur la baie d’Ise dans le parc national d’Ise Shima. Ici les îles sont à perte de vue, et l’on ressent le lien très fort qui lie ses habitants avec la mer.

 

C’est aussi la ville du Japon qui comprend le plus grand nombre d’ama, ces femmes fortes qui ne reculent devant rien et bravent les dangers des fonds marins pour récupérer des algues et des crustacés. Très respectées dans la région, les ama perpétuent une tradition vieille de 2000 ans. Leur pratique fascine au point d’avoir inspiré plusieurs auteurs comme Cédric Morgan qui a publié en avril 2021, le livre « Les sirènes du pacifique », après un séjour à Toba à Toshijima.

 

L’auteur a fait appel au musée de la Mer, un musée clé à Toba et notamment à son ancien directeur, M. Yoshikata Ishihara (décédé en septembre 2018). C’est l’occasion de poser quelques questions sur cette rencontre interculturelle et d’en savoir plus sur la particularité de ce musée.

 

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Entretien au Musée de la mer

Interview de Mai Ishihara, directrice adjointe du musée

 

Concrètement comment s’est passée la rencontre avec Cédric Morgan ?

 

L’auteur avait le souhait d’écrire un roman sur les ama depuis de nombreuses années. En février 2016, il nous a contactés au musée par l’intermédiaire d’une interprète. L’auteur voulait rester à Toba en octobre, la même année, pour rencontrer les plongeuses ama de vive voix. 

 

Il a suivi nos conseils en s’installant à Toshijima, une des îles de Toba où nous avons pu le présenter aux habitants et aux ama. C’est un bon emplacement car depuis Toshijima il est possible de se rendre sur deux autres îles de la région, Kamishima, l’île qui a inspiré le célèbre auteur Yukio Mishima et Sugashima où se trouvent également des plongeuses ama.

 

Ce type de demande est-il courant pour le musée ?

 

En vérité, le musée reçoit beaucoup de visiteurs étrangers. L’ancien directeur était même allé en France et il a toujours mis un point d’honneur à accepter toutes les demandes qui avaient trait aux ama afin de mieux faire connaître cette culture au reste du monde. Aujourd’hui le musée continue de recevoir des demandes notamment des artistes qui trouvent dans la culture des ama des sources d’inspiration.

 

A l’étranger encore trop souvent on a embelli le récit des ama du Japon en les présentant comme des pêcheuses de perles. Comment avez-vous su que vous pouviez faire confiance à cet auteur pour dépeindre les ama ?

 

Rien que le fait qu’il se déplace jusqu’au Japon et qu’il souhaitait rencontrer les plongeuses étaient un gage de confiance. Lorsque l’on échange avec les ama de vive voix on est tous plus à même de mieux comprendre leur technique de pêche et leur quotidien.

 

Selon vous, quel est le rôle à jouer par votre musée dans l’avenir ?

 

L’objectif principal de notre musée est la conservation et la préservation des biens culturels matériels et immatériels en lien avec la mer. De plus, c’est en fournissant des informations détaillées sur le quotidien de la vie des plongeuses, des pêcheurs et de la mer, mais aussi en mettant en lumière les changements actuels et les défis auxquels nous faisons face, que nous transmettons combien la culture de la mer est à la fois dangereuse et merveilleuse. Nous souhaitons continuer à porter ce rôle tout en le présentant sous différentes perspectives, pour aussi toucher des personnes qui dans un premier temps ne s’intéresseraient pas à la mer.

 

Avez-vous un message à transmettre aux Français qui souhaitent se rendre à Toba ?

 

Si vous vous rendez au musée de la mer, vous serez ensuite plus à même d’apprécier votre visite à Toba notamment si vous vous promenez ensuite dans les villages de pêcheurs ou si vous rencontrez les habitants (ama et pêcheurs).

 

 

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Les histoires insolites du musée de la mer de Toba

 

 

 

 

Niché dans le quartier de Uramura, loin du tumulte de la ville, ce musée public est le seul du Japon dédié à la tradition et au lien entre les hommes et la mer. Avec une collection impressionnante (62 735 objets en mars 2021) et son architecture d’exception, voici plusieurs raisons de s’y arrêter.

Une architecture à nul autre pareil

Après plus de sept ans de recherche concernant son emplacement puis sa construction, certains visiteurs viennent seulement…pour visiter le bâtiment du musée. Et pour cause, sa structure magnifique de l’architecte Hiroshi Naito ne laisse rien au hasard et se fond dans le paysage. Perché sur le haut d’une colline, vous faites face à un musée sur pilotis à côté d’une mer de gravier où repose des bateaux en bronze. Les jours de pluie cette scène s’anime en se transformant en véritable petit étang.

Des boîtes cachées dans des bateaux

Traditionnellement, au moment de la construction d’un bateau, le constructeur cache une boite dans la coque appelée funadamasama (船霊様). La boîte comporte plusieurs talismans pour protéger les marins en mer, comme une paire de poupées de papier, des pièces de monnaie et des dés.

Vous pouvez les voir dans la pièce d’exposition du musée qui renferme plus de 90 spécimens de bateaux en bois de tout l’archipel.

Des banderoles colorées pour les grandes occasions

Les tairyoubata 大漁旗 sont des drapeaux au design très coloré que l’on accroche aux bateaux pour différentes occasions ou traditions. Le plus souvent la signification de ces banderoles présage une pêche abondante. On les accroche par exemple après un bon jour de pêche, au Nouvel An, ou à l’occasion des divers festivals de la région, comme le festival ofunamatsuri 御船祭 au temple Aonominesan Shoufuku de Toba qui attire les marins de tout le Japon.

Des pièges à tako spécifiques dans chaque région

Les takotsubo (蛸壷), sont des pièges à poulpe, on les reconnaît par leur forme d’amphore, dans les ports de pêche. Sur chaque takotsubo figure généralement le kanji, ou la première syllabe, du nom du pêcheur pour mieux les identifier. Chaque région du Japon possède son takotsubo, et sa forme varie même d’un village à l’autre. 

Des coquilles d’ormeaux pour écrire ses vœux dans les sanctuaires

Dans la section festivals et croyances du musée vous verrez notamment plusieurs fêtes et coutumes pratiquées en lien avec la mer. 

Parmi l’une d’elles, on apprend que les ormeaux sont précieux pour les villages de pêcheurs, ils sont notamment donnés en offrande aux dieux et censés éloigner les mauvais esprits. Aujourd’hui les coquilles d’ormeaux sont utilisées comme des ema (絵馬), des plaques en bois sur lesquelles sont inscrits un vœu ou une prière.

Le musée comporte sept différentes sections à découvrir en plus des expositions temporaires : les traditions des gens de la mer, leurs croyances et leurs festivités, la pollution de la mer, les plongeuses ama, la pêche dans la baie d’Ise, la pêche à Shima et Kumano, les embarcations et la navigation maritime. 

 

Bonne visite !

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

Le site internet du musée de la mer (en anglais) 

Le livre de Cédric Morgan, Les sirènes du Pacifique, Prix Livre & Mer Henri Queffélec 2021

 

 

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