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Zoom interculturel

Des différences culturelles en matière de tourisme au Japon

Image : Route d’Ise, ville d’Ise,  la municipalité voisine de Toba, à la fin de la golden week, mai 2022

          Du 29 avril au 5 mai au Japon, c’est la golden week. Il s’agit d’une période de l’année où les Japonais profitent de quatre jours fériés d’affilée qui deviennent un moment propice au départ en vacances. C’est l’occasion pour moi de poser « sur le clavier » quelques premières réflexions à ce sujet.

 

Notre manière de voyager et de prendre nos vacances est très influencée par notre culture. C’est pourquoi les vacances sont souvent un terrain de jeu où des chocs de culture ont lieu car les comportements des voyageurs révèlent tout un ensemble de problématiques interculturelles.

 

Je vais essayer dans cet article de vous lister quelques différences majeures sur lesquelles je travaille. Cet article est bien sûr empreint de subjectivité, d’autres personnes travaillant dans le tourisme pourraient ne pas être d’accord avec mes propos. Mais comme vous commencez à le comprendre, avec ce site, j’ai vocation à ouvrir le champ des réflexions, à ne pas rester sur le « mais ce n’est pas logique ! », « pourquoi ils font ça, cela n’a pas de sens…» etc.

 

Prendre des vacances, pas si facile

Au Japon, la culture des vacances n’est pas la même que la nôtre car le temps dédié aux vacances est moindre.

 

Cassons un mythe :  Au Japon il y a plus de jours fériés qu’en France : 15 jours contre 11 jours pour la France. Sur ce plan là, les Japonais ont l’avantage. Par contre, un jour férié ne signifie pas que tout le monde est en congé, comme en France d’ailleurs.

 

Pour les jours de congés payés cela se complique. Sur un contrat de travail figure en général 20 jours de congés (10 jours de congés payés minimum s’il s’agit de la première année de travail). (1)

 

 

Source : Site du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, Ce graphique représente l’évolution dans le temps du pourcentage du nombre de congés payés pris par les Japonais dans l’année. Les années sont celles du calendrier japonais.

L’année 2021 correspond à l’année 3 de l’ère Reiwa (令和3年)

 

 

Or ,les Japonais prennent rarement la totalité de leurs jours de congés. La moyenne pour l’année 2021 est de 56,6% de congés payés pris. La tendance est tout de même à la hausse (52,4% en 2018).(2)

 

Plus concrètement, juste avant la golden week, j’ai reçu un message de ma direction adressé à tous mes collègues, pour nous demander d’essayer de prendre au moins 70% de nos jours de congés. Sur ce plan là, c’est vrai que la culture japonaise et la culture française se retrouvent aux antipodes. En France on nous informe que si nous ne posons pas nos jours de congés nous risquons de les perdre, au Japon on nous prie de bien vouloir prendre nos congés.

 

Pourquoi les japonais prennent-ils si peu de congés ?

 

Souvent la réponse que j’entends de mes collègues est « j’aimerais prendre plus de vacances, mais je ne peux pas ». Ce que je comprends par ces réponses, c’est que les Japonais aspirent à plus de temps libre, à passer du temps en famille mais la pression sociale est trop forte. Prendre des congés, surtout prolongés, est mal vu car c’est imposer ses tâches quotidiennes à ses collègues qui eux ne sont pas partis en vacances. Un autre exemple flagrant dans mon équipe : quand quelqu’un prend un jour de congés, même seulement un jour, le lendemain au moment du stand up matinal, la personne s’excuse « je m’excuse pour avoir pris un jour » ou « je vous remercie de m’avoir laissé prendre un jour ».

 

Pour nous cette pression est difficile à comprendre alors je vais tâcher de trouver une analogie.

 

Vous avez terminé votre journée de travail, vous avez bien travaillé mais vous voyez tous vos collègues rester à leur bureau. Si vous avez du mal à partir parce que « tout le monde a l’air de rester » et bien c’est un peu dans ce sens que j’y vois une pression sociale. Il y a une spirale de l’engagement. Comme tout le monde travaille et ne prend pas beaucoup de vacances, cela devient une norme tacite dans un pays où la culture du groupe est très forte. 

 

Cet article de la BBC résume plutôt bien ces problématiques 3 .

 

Une autre chose nous montre que la prise de vacances est très codifiée, c’est la culture des omiyage. Ce sont des gourmandises de la région visitée qu’il est d’usage de ramener à ses collègues au retour. Même en vacances, vous leur montrez que vous avez pensé à eux !

 

Fin de cette longue introduction, pour vous expliquer pourquoi au Japon le temps dédié aux vacances est moindre et en conséquence il est optimisé, par exemple sur un long week-end. Il n’est pas rare d’entendre parler d’un voyage en Europe de seulement une semaine. Prendre un long congé est rare. Pour pousser la comparaison, la France avec son obligation dans le code du travail pour un salarié de prendre un congé d’au moins 12 jours ouvrables sur la période allant du 1er mai au 31 octobre 4 serait un projet lunaire au Japon.

 

Le rapport au temps, l’importance de la planification

Rentrons maintenant un peu plus dans le vif du sujet. Planifier son voyage pour les Japonais, je dirais que cela ferait presque partie du voyage en tant que tel.

 

Vous allez en amont vous documenter, vous informer sur un itinéraire à suivre et sur les points d’intérêts que vous voulez trouver sur votre chemin, et faire toutes vos réservations en amont. Jusque là rien de très sorcier.

 

Cet attachement à la planification s’oppose à la gestion d’imprévus toujours difficile au Japon. L’improvisation n’est pas du tout ancrée dans la culture. Un exemple typique serait une personne avec un régime alimentaire particulier qui se rend dans un logement chez l’habitant au Japon et qui, au moment du repas du soir ou pour le petit déjeuner, explique qu’elle ne peut pas manger certains aliments. Pour éviter un moment très gênant avec vos hôtes ne sachant pas quoi vous servir, il vaut mieux en amont préciser toutes allergies, régime particulier etc.

 

Parfois cette importance de planification est en contradiction avec l’objectif d’attirer des clients, notamment étrangers. Par exemple à Toba vous avez de nombreux onsens, des bains thermaux dans la ville. Toute personne même si elle ne reste pas la nuit dans une auberge traditionnelle que sont les ryokan peut payer pour juste utiliser le onsen de cet hébergement. Mais pour cela, la réponse officielle sera qu’on vous recommande, par précaution, d’appeler pour vérifier la disponibilité. Or c’est oublier le fait que les étrangers sur place au Japon ont souvent des forfaits de téléphone simplement avec de la donnée pour consulter internet mais très rarement la possibilité d’appeler des numéros japonais. Pour appeler, il leur faudrait demander l’aide d’un office de tourisme. 

 

En fait je vous rassure, l’appel préventif me semble surtout culturel comme pour assurer un risque zéro de l’insatisfaction du client. Depuis mon arrivée, je n’ai pas eu besoin de réserver quoi que ce soit, vous avez même des machines pour acheter directement votre ticket pour vous rendre dans leur onsen à l’entrée de certains des ryokans !

 

En résumé, il faut mieux planifier mais parfois on voit aussi un excès de zèle planificateur qui peut en rebuter plus d’un à commencer par les japonais eux-mêmes, même s’ils sont habitués.

 

Gare aux surprises sur les horaires en campagne

Lorsque l’on voyage, Google map est un peu incontournable par exemple si vous recherchez des magasins ou des restaurants. Mais attention la ponctualité japonaise ne semble pas encore toujours à la pointe de l’utilisation de Google my business surtout à la campagne. Pour obtenir une donnée actualisée sur un magasin ou un restaurant,  et bien sachez que beaucoup de petites entreprises à la campagne communiquent presque exclusivement sur le réseau social Instagram ou Line. J’ai déjà vu plusieurs restaurants ou salon de thé indiquer sur leur devanture, « fermeture, nous vous donnerons des nouvelles via Instagram  ». Simple et efficace …je suppose merci Facebook !

 

A nouveau si vous le pouvez, faites vérifier les informations sur l’ouverture ou la disponibilité pour éviter les mauvaises surprises.

 

Ici le coupon de réduction dicte votre voyage

Difficile de s’y retrouver au Japon entre les différentes compagnies et campagnes marketing pour établir son itinéraire de voyage. Si vous êtes intéressés par le meilleur rapport qualité prix, il va vous falloir du temps, parfois beaucoup de temps, au risque de vous y perdre.

 

Le Japon est une société avec une compétition marketing très virulente. On a parfois l’impression que tout est bon pour attirer le futur voyageur dans les mailles…de son coupon de réduction.

 

Le système du coupon ou d’un forfait de réduction est très ancré dans la culture japonaise car il rime avec optimisation. Effectivement les coupons vont vous donner accès à un certain nombre de réductions sur des lieux ou des services bien spécifiques, et en quelque sorte ils vont structurer votre voyage. Une fois votre coupon acheté, vous aurez difficilement envie de faire quelque chose qui sort du cadre car cela va vous coûter plus cher. On a donc d’une part ceux qui cherchent à optimiser au maximum leur coupon au détriment de choisir plus librement leurs destinations et ceux qui se sentiront plus libres de sortir du cadre mais qui y mettront le prix. Le deuxième groupe sera sans doute minoritaire.

 

Je me rappelle avoir passé plus d’une heure à rechercher l’intérêt d’acheter un coupon pour pouvoir utiliser de façon illimitée le réseau d’une compagnie ferroviaire. Après maintes recherches et analyse des conditions, le résultat était sans appel : dans le cas de mon voyage, le coupon n’avait finalement presque pas d’intérêt et je venais de perdre une heure !

 

Une astuce, promis gratuite, sans rentrer dans les coupons de plusieurs jours de voyage, si vous vous rendez dans un bureau de tourisme, regardez rapidement s’il n’y a pas des coupons de réduction sur certains lieux que vous avez déjà prévu de visiter !

 

Des magnifiques plages de sables…désertes

Dans la région d’Ise-Shima vous trouverez assez facilement des plages de sable fin, de galets ou de graviers. La mer est proche, l’eau peu profonde avec des nuances de bleu allant jusqu’au turquoise. Dans ces conditions, je vous mets au défi de ne pas vouloir y voir de plus près. Je pourrais m’asseoir dans le sable et regarder la mer pendant des heures sans me lasser et ce à tout moment de l’année. Il y a sans doute ce mythe pour les occidentaux de la plage déserte qui s’offre à nos yeux.

 

Mais ici « une vue donnant sur une plage déserte » ne semble pas déclencher les mêmes réactions. Le constat sera sans appel pour les Japonais, la vue est magnifique, la photo sera de rigueur mais de là à aller sur la plage et tremper les pieds dans l’eau, il y a un fossé. Par exemple, la plus grande île de Toba, Toshijima possède plusieurs plages intactes que l’on peut apercevoir depuis un observatoire. Mais une fois sur la route principale de l’île vous ne verrez aucun signe pour vous rendre sur ces plages. Il faut vraiment couper par la forêt et tenter l’aventure ! Pourquoi si peu d’engouement pour atteindre ces plages magnifiques ?

 

Quelques raisons me viennent en tête. Il y a d’abord le fait qu’avoir une peau bronzée n’est pas recherché au Japon. Lorsque le soleil pointe son nez, les ombrelles sont de rigueur pour protéger la peau et sa blancheur, surtout pour les femmes. Une deuxième raison serait que la mer aussi jolie soit elle est aussi vue comme dangereuse. Vivre proche de la mer signifie être habitué aux alertes de tsunamis, typhons et autres catastrophes naturelles. Aller sur une plage déserte, ce serait comme faire du hors-piste en ski : à vos risques et périls ! Enfin une autre raison est la culture du groupe. Plutôt qu’une plage déserte, on préfèrera les plages « désignées » pour la baignade avec un maître nageur pour surveiller et on s’y rendra à un moment de l’année où il est d’usage d’aller à la plage comme par exemple le mois d’août.

 

Heureusement, récemment durant la golden week, j’ai vu quelques aventuriers en famille s’installer sur la plage de Chidorigahama de Toba. On est loin de la foule pendant l’été mais cela montre qu’il ne faut pas non plus enfermer les comportements dans des cases !

 

 

 

 

Sources :

(1) Site  JETRO, Japan External Trade Organization, 4.5 Legislation on working hours, breaks and days off
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