Un autre regard sur le Japon

Expérience

Une délégation de Toba en escale à Sète

Photo : performance d’artistes japonais durant le festival au village Japon

          Fin mars-début avril, notre ville a participé à un événement d’une semaine lors du festival Escale à Sète. Tout s’est très bien passé et nous sommes dans de bonnes dispositions pour continuer à travailler avec nos partenaires sur place. 

 

C’est aussi la première fois que mes collègues japonais se sont retrouvés aussi longtemps (pour certains 8 jours) en dehors du Japon. C’est l’occasion de vous livrer quelques anecdotes qui illustrent les différences culturelles auxquelles nous avons été confrontés et qui nous ont amenées à nous « Sétoïser » pendant une semaine.

 

Certaines vont vous paraître évidentes mais le but est de les analyser sous l’angle de l’interculturalité.

Photo :moment de discours précédent la mise à l’eau d’une barque japonaise dans le port de Sète

Chamboulement de notre proxémie

La proxémie, proxemics en anglais, reflète notre perception de la distance entre les personnes et de l’utilisation de cet espace.

C’est ce que l’anthropologue américain Edward T. Hall a défini dans son œuvre « La Dimension cachée » en 1966.

 

Au Japon il y a un soin tout particulier à garder une distance physique lorsque l’on interagit avec d’autres personnes. Il peut y avoir des situations où un rapprochement va être toléré (se serrer dans une rame de train ou autre) mais de manière générale la distance et le respect d’une bulle invisible est de rigueur. 

 

Arrivé à Sète, on retrouve la culture française de la bise, mais aussi la culture du sud. Les gens sont plus tactiles, on recherche un contact, une familiarité avec l’autre même avec des personnes que l’on rencontre pour la première fois. Même pour une Française qui vient du Sud, je n’ai pas pu m’empêcher de constater la chaleur des Sétois dans toutes nos interactions. En deux jours à Sète, j’ai presque eu plus de contacts physiques, c’est-à-dire une main dans le dos, un serrage de main, une bise, qu’en deux ans au Japon… Pourtant je pense que dans la région où je me trouve la proxémie est bien différente car plus tactile que celle de Tokyo par exemple. 

 

Au Japon aussi la proxémie change, le contraste le plus flagrant est sans doute entre Tokyo et Osaka, Osaka étant ce que Marseille est à la France.

 

Une fois au Japon, à vous de remarquer les différences d’interactions. 

Photo : ateliers proposés au village Japon

L’heure c’est l’heure mais la pause café c’est sacré

La gestion du temps et la préparation en amont est une différence majeure que l’on retrouve au Japon. Il est très mal vu d’arriver en retard à un rendez-vous. En principe on arrive a un rendez-vous 10 minutes à l’avance. Il n’est pas rare que des partenaires avec qui nous avons rendez-vous viennent nous saluer durant ces 10 minutes ou 5 minutes en avance et dans ce cas si vous avez quelque chose à terminer… c’est trop tard (pour vous) puisque le rendez-vous a déjà commencé.

 

Au Japon on ne badine pas avec les horaires mais à Sète, nous nous trouvions dans le cadre d’un festival qui dépend massivement de l’aide de bénévoles. L’ambiance est festive plus que professionnelle et la notion du temps, elle, est très décontractée.

 

Nous avions des ateliers de prévu tous les jours du festival. Le matin il me fallait prévoir une navette pour emmener notre délégation depuis notre hébergement jusqu’à notre espace dans le festival. Je réserve un départ pour 9h en navette. 

 

Nous arrivons à 9h, personne…

 

J’appelle le responsable du pôle chauffeur pour comprendre où se trouve la personne qui va nous emmener et sa réponse « oui oui c’est bien noté, c’est qu’il doivent prendre le café, ils vont arriver ».

 

En France, nous avons l’habitude de dire « on est pas a 5 min près ». Ne pas être rigide sur le temps renvoie une image positive synonyme de flexibilité, voire elle nous confère un aspect sympathique, nous sommes une personne « cool ».

 

A ceci s’ajoute la sacro-sainte culture de la pause café. Qui oserait déranger quelqu’un, en plus une personne bénévole, qui prend un café avant d’entamer sa journée ? 

 

A contrario au Japon, l’heure c’est l’heure. Il nous faut une bonne excuse dans le cas d’un retard et les personnes concernées seront prévenues à l’avance.  S’en tenir à l’horaire est vu comme une marque de respect pour ses interlocuteurs, c’est une preuve de sérieux. Dans la sphère professionnelle, ne pas gérer le temps renvoie l’image de quelqu’un de peu fiable en affaires. 

 

Imaginez les yeux ébahis de mes collègues quand je leur dis que oui j’ai bien réservé à une heure précise mais que là il nous faut attendre car les bénévoles prennent le café…Nous nous sommes sentis un peu comme dans le film « Lost in Translation ».

Photo : vue depuis la descente du Mont Saint-Clair de Sète

L’organisation logistique 

Une remarque à laquelle je ne m’attendais pas de la part de mes collègues concerne la gestion des poubelles pour des événements d’une grande ampleur. 

 

Ils étaient étonnés de voir que malgré la quantité de participants au festival, les rues de Sète restaient relativement propres et non jonchées de déchets grâce à la gestion quotidienne de grands bacs de poubelle présents dans le festival (ces derniers n’existent plus au Japon).

 

Si vous vous êtes déjà rendus au Japon, vous avez sans doute vu que les poubelles comparées à l’Europe sont plutôt difficiles à trouver voire quasiment inexistantes dans les lieux publics. La gestion des déchets repose en grande partie sur les individus qui doivent non seulement gérer leurs propres déchets mais aussi les trier selon des critères bien spécifiques.

 

Si des poubelles existent, elles se trouvent dans des lieux stratégiques tels que les gares, les trains ou les convenience store, ces lieux de passage où les Japonais ont l’habitude de consommer. Il est aussi très bien admis qu’un client ramène ses déchets au stand où il a acheté son sandwich par exemple. C’est comme si en tant qu’Entreprise vous détenez en partie la responsabilité de ce que vous avez produit même après sa consommation immédiate. 

 

Dans les événements de grande ampleur pour Toba comme « minato Matsuri (みなと祭り) », la fête du port avec ses feux d’artifice qui ont lieu le dernier vendredi du mois de juillet, des poubelles seront posées à des endroits bien stratégiques en faible quantité et l’on comptera sur les personnes gérants les stands de nourriture pour s’occuper de la gestion des déchets.

 

Si vous ne trouvez pas de poubelle, l’omniprésence encore au Japon du sac plastique dans tous ses états, fournit une bonne excuse pour permettre aux personnes de ramener facilement leurs déchets avec eux. Mais lors de grands événements, nous sommes loin de voir des comportements toujours vertueux dans la gestion de ses propres déchets au Japon et sans poubelle accessible, cela peut devenir un problème. 

 

Un deuxième élément où cette fois-ci le Japon marque un point concerne les toilettes.

 

J’ai déjà abordé ce sujet bien longuement dans un précèdent article  car les Japonais sont imbattables en termes d’accès et de propreté. 

 

Lors du festival il y avait des toilettes chimiques à disposition mais pas de stations de lavage de main. On fait bien sûr comme on peut pour un événement temporaire mais il s’agissait tout de même d’une semaine d’événement. Pour des Japonaises habillées en kimono pour l’occasion, difficile de les faire passer par les toilettes chimiques. J’avais pensé trouver une solution en observant un mirage de toilettes publiques au Quai du Maroc…mais mirage oblige en m’approchant de plus près, ces dernières étaient hors service !

 

La question que me posent mes collègues japonais au sujet des toilettes en France est souvent la même « mais comment faites-vous ? », comprendre «  comment faites-vous quand il y a si peu de toilettes accessibles » ? 

 

Votre réponse sera sans doute  « On rentre dans un café ou une brasserie, on consomme quelque chose et on en profite pour aller aux toilettes ». 

 

Parfois je me dis que pour les Japonais trouver des toilettes publiques en France sera placé au même niveau de difficulté qu’un Français cherchant une poubelle dans un lieu public (comme un parc, une rue, le hall ou les alentours d’une gare).  

Photo : juste à côté du Belem, après une brève cérémonie religieuse comprenant du saké et du sel,  mise à l’eau d’une barque traditionnelle japonaise par le charpentier américain Douglas Brooks dans le port de Sète. Un très beau chantier qui a pris 15 jours de travail réalisé grâce aux jeunes de la mission locale de Sète.

La forte culture du vin en France

Le Japon possède une culture propre de l’alcool, notamment autour de la bière et du saké que j’avais évoquée à travers la campagne sake viva dans cet article . En France où la culture de l’alcool est aussi présente, c’est autour du vin que mes collègues ont été le plus surpris.

 

Le centre de vacances où nous sommes restés était très bien organisé. Le lendemain de notre arrivée, nous avons profité du restaurant du centre qui était organisé sous la forme d’un buffet libre-service. La grande nouveauté pour mes collègues était d’avoir du vin blanc, rosé et rouge également en libre-service lors du repas.  

 

Le même étonnement s’est produit à la cantine du festival organisée pour les exposants.  Sur chaque table du réfectoire se trouvait un pichet de vin rouge ou blanc ou les deux en libre service. 

 

La culture des omiyage

Il y a une chose qu’il sera difficile d’outrepasser dans la culture japonaise lorsqu’on se rend à l’étranger, c’est le moment dédié à l’achat de cadeaux pour ses collègues, amis, famille.

 

Alors bien sûr, le même réflexe existe dans beaucoup de cultures mais ce qui me marque au Japon c’est qu’il est aussi ouvertement discuté, négocié, et donc verbalisé dans le cadre professionnel.

 

Alors qu’en voyage nous pensons plutôt à ramener des souvenirs pour par exemple des membres de notre famille, au Japon on pensera également aux collègues et le type de produits achetés sera souvent un encas tel que des biscuits ou une pâtisserie locale. En plus de faire plaisir, vous montrez que vous pensez à vos collègues pendant votre mission et que vous leur êtes reconnaissant d’assurer votre charge de travail, pendant votre absence. 

 

Même lors d’une mission de trois jours avec un planning très chargé à Paris, j’ai vu tout une délégation en rabattre sur le temps de pause déjeuner et préférer avaler un repas froid dans un taxi pour s’assurer d’avoir suffisamment de temps pour acheter leurs « omiyage », les souvenirs qu’ils allaient ramener de leur mission au Japon. 

 

A Sète, de la même façon, mes collègues se sont échangés des astuces sur quel « omiyage » acheter avant de bien nous avertir sur quand ils partaient les chercher. 

 

C’est pourquoi pour toutes les personnes amenées à travailler avec des Japonais, je vous conseille de toujours libérer un temps pour cette  «  mission omiyage »  qui est importante à leurs yeux. Et bien sûr la cerise sur le gâteau c’est si vous avez déjà des produits ou de l’artisanat local à leur suggérer. Ainsi vous leur montrez que vous vous intéressez à leur culture et que vous savez anticiper leurs besoins ce qui est un concept clé dans les relations humaines au Japon. 

Photo : lever du soleil, promenade du Maréchal Leclerc, le jour du départ de ma délégation japonaise pour le Japon.

Autres articles

IMG_5434

Apprendre le japonais : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Pour parler de l'intérêt d'étudier le japonais, je vais creuser les statistiques et les tendances avant de vous confier quelques enseignements sur mon propre cheminement avec cette langue.
Osatsu aosa seaweed bed

Les algues : une ressource, plusieurs approches

Les Japonais et l'Occident semblent considérer les algues avec des points de vue différents. Cependant ces visions se complètent et auraient sans doute à apprendre chacune l’une de l’autre.
mont tsurugi

Le sens du service au Japon est-il irréprochable ?

Les exemples sont intarissables quand il s’agit, de faire l’éloge de sens du service au Japon. Or il dévoile plus généralement d’autres aspects de la société japonaise.