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Combien de niveaux de politesse en japonais ?

Image : irasutoya, いろいろな話し合う人たちのイラスト

 

          Lorsque l’on s’intéresse à la culture japonaise on comprend qu’il existe plusieurs niveaux de politesse pour s’adresser à quelqu’un en japonais. C’est une question que l’on pose souvent

« combien y a-t-il de niveaux de politesse ou de niveau de langage ? »
De la même façon qu’en français nous employons le vouvoiement et le tutoiement, en japonais les verbes changent ainsi que leur « conjugaison » en fonction du niveau de politesse.


Le japonais a trois grands niveaux de conversation chacun avec plusieurs niveaux de subtilités. N’étant pas une spécialiste de la question, je vais tâcher de vous expliquer de façon succincte ce que cela implique dans la vie quotidienne.

 

Trois grands niveaux de conversation

Quand vous apprenez le japonais, vous commencez par apprendre la forme polie, reconnaissable à sa forme MASU à la fin du mot. Des trois niveaux, ce serait le plus passe-partout.

 

Quand vous parlez à des amis ou à votre famille, vous allez utiliser la forme neutre. Les phrases deviennent plus courtes et directes.

 

Enfin, le dernier niveau est le niveau de politesse le plus élevé, le keigo. Le plus souvent, les étrangers l’entendent la première fois à leur encontre en tant que client. Les verbes changent, les phrases s’allongent. C’est surtout quand vous travaillez au Japon avec des japonais qu’il est important de maîtriser le keigo, pour s’adresser aux clients ou aux partenaires invités de votre entreprise.

 

Pour voir la différence, voici trois niveaux de politesse quand on se présente, après qu’une autre personne se soit présentée auprès de nous.

 

La forme la plus polie (keigo) :

 

はじめまして、 (Nom+ Prénom) と申します。 どうぞよろしくお願いします。

 

Hajime mashite (Nom+ Prénom) to moushimasu. Douzo yoroshiku onegaishimasu.

 

Mon nom est (Nom+ Prénom). Je suis enchanté(e)/impatient(e) de travailler avec vous.

 

La forme polie :

 

はじめまして、 (Nom+ Prénom) です。 よろしくお願いします

 

Hajime mashite (Nom+ Prénom) desu. Yoroshiku onegaishimasu.

 

Je suis (Nom+ Prénom). Ravi(e) de faire votre connaissance.

 

La forme neutre :

 

(Prénom) です。 よろしく。

 

(Prénom) desu. Yoroshiku.

 

Je suis (Prénom). Enchanté(e)

 

Bien sûr il y a des subtilités dans les niveaux de conversation. Par exemple la première fois que j’ai travaillé au Japon je me suis faite reprendre sur mon utilisation du keigo parce que j’utilisais un langage trop poli ! Au téléphone j’avais utilisé l’expression « chouchou omachikudasaimase » qui signifie « Je vous prie de bien vouloir patienter quelques instants ». Or pour l’entreprise le mase à la fin était de trop. Il était trop poli pour cette entreprise qui se voulait plus chaleureuse avec ses étudiants. Un simple « chouchou omachikudasai » c’est à dire « Merci de patienter s’il vous plaît » suffisait !

 

ça se complexifie : la forme humble et la forme honorifique

On va considérer que l’on a intégré l’histoire des trois niveaux de conversation. Maintenant il faut comprendre que même quand vous parlez, vous n’allez pas parler de la même façon de vous-même. Je vous laisse quelques minutes de réflexion…

 

Pour parler de vous-même vous allez rester modeste, par rapport aux autres, et employer la forme humble.

 

Par contre quand vous parlez à quelqu’un qui n’appartient pas à votre groupe, vous allez employer la forme honorifique.

 

Je vous fais part d’une faute courante des personnes débutant en japonais. Elle entendent leur prénom avec un suffixe san honorifique, par exemple dans mon cas, « pauline-san ». C’est comment les autres nous appellent de façon polie. Mais on ne va pas utiliser ce suffixe pour se définir nous-mêmes. Si je me présente, et que je veux dire « Je suis Pauline » je ne vais pas dire « Pauline-san desu », cela n’a pas de sens en japonais. C’est comme si vous vous donniez un propre titre honorifique. On dira plus simplement « Pauline desu ».

 

Voici un autre exemple, cette fois-ci avec le mot « père ». Dans la même logique, vous n’allez pas utiliser le même mot ou titre honorifique pour nommer votre père, le père de votre ami et le père de votre patron.

 

mon père : watashi no chichi

 

Le père de mon amie : tomodachi no otousan

 

Le père de mon chef : joushi no otousama (niveau très poli)

 

Une humilité qui s’étend à son groupe d’appartenance

Vous l’avez peut-être compris, il y a un mot d’ordre quand on parle de soi : la déférence. Mais voilà ça ne s’applique pas qu’à soi cela s’étend à son groupe d’appartenance.

Attention accrochez-vous !

 

Supposons que j’appelle par téléphone une entreprise partenaire pour parler à son PDG :

 

– « (Nom du PDG) irrashaimasu ka ? » = « Est-ce que (Nom du PDG) est disponible ? » forme honorifique

S’il n’est pas disponible, l’employé(e) va me répondre :

-« moshiwakearimasen, tadaima (Nom du PDG) ha seki ga asushiteorimasu » = « Je suis vraiment désolé(e) mais il/elle est absent(e) pour le moment. » forme humble

 

L’employé(e) utilise la forme humble orimasu pour parler de son patron car ils travaillent dans la même entreprise et à ce titre, ils ont le même groupe d’appartenance.

 

Pour parler à des gens extérieurs à mon entreprise, disons à une entreprise partenaire que cela soit mon directeur, mon collègue, mon employé, on va tous se désigner en utilisant la forme humble et utiliser la forme honorifique pour les gens de l’extérieur. Dans la réponse de l’employée que j’ai citée en exemple, le PDG est comme « rabaissé ».

 

Relativiser les difficultés d’une langue

Plusieurs amis japonais m’ont dit de minimiser le besoin d’apprendre le keigo dans mon travail au Japon. Cela ne sert à rien de partir en voulant parler avec un niveau parfait tout le temps.

 

Toutes les langues ont leurs difficultés. Par exemple les étrangers ont du mal à comprendre en français les nuances entre le vous et le tu, mais aussi entre le masculin et le féminin en français ! Pourquoi une baguette et un vin, une bouteille et un pain ? C’est très bizarre.
Sans parler de la concordance des temps et des différents temps verbaux, apparemment 17 en français.

 

Pour revenir au japonais, j’espère vous raconter bientôt et compléter ou corriger cet article à travers mon expérience au travail.

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