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Zoom interculturel

Collations et friandises, une rhétorique du quotidien

          Akafuku : une confiserie composée d’une pâte de haricot rouge posée sur une mochi, une boule de riz gluant. C’est aussi un omiyage trés connu de la ville d’Ise, non loin de Toba.

 

          Je connaissais au Japon les omiyage : ce sont des petits cadeaux, généralement de la nourriture, que l’on rapporte de voyage pour ses collègues une fois de retour au bureau. Je découvre maintenant un monde bien plus vaste derrière ces échanges de friandises ou collations qui sont beaucoup plus fréquents que je ne le pensais.

 

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la notion de don et de contre-don de l’anthropologue Marcel Mauss ?

 

Et bien,  les échanges de friandises au Japon en sont un parfait exemple.

 

La friandise : le prix de votre absence

une boîte d’omiyage : les friandises que vous offrez à vos collègues de retour de vacances.

 

Vous partez en voyage ?

 

Il vous faut ramener des friandises et des cadeaux à vos collègues. Pourquoi ? Et bien, ce sont eux qui ont répondu à votre place au téléphone, pris vos messages, assumé les tâches du quotidien. Alors offrir une petite douceur, c’est leur dire implicitement que vous leur êtes redevable quelque part d’avoir tenu la barre, quand vous, vous preniez du bon temps.

 

C’est très ancré dans le quotidien. L’autre jour à la réunion du matin, mon chef de service s’est excusé d’avoir pris un jour de congé la veille…

 

La friandise comme moyen de briser la glace

une daifuku : une mochi fourrée 

 

Vous ne connaissez pas quelqu’un ?

 

Offrez-lui une friandise. C’est le meilleur moyen de vous montrer sous votre meilleur jour et la personne pourra toujours revenir vers vous en vous disant un « merci, c’était très bon ». C’est un échange simple, bien rodé, qui vous définit comme appartenant « au genre humain ».

 

Vous voulez rencontrer quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

 

Offrez-lui une friandise. Vous aurez toujours l’avantage d’avoir un objectif pour entamer la discussion : la fameuse friandise est votre meilleure alliée. Vous pourrez au choix parler de sa saveur, de la région dont elle provient (un sujet qui mériterait qu’on y consacre un article) ou tout simplement demander si ce type de friandises plaît à votre interlocuteur. À vous de voir après,  si c’est le bon moment pour enchaîner sur un sujet boulot ou autre. 

 

Bienvenue au Japon ! Il faut lire entre les lignes, « lire l’atmosphère » (空気を読む), comme on dit en japonais. Dans tous les cas, vous aurez planté votre graine du don et contre-don, vous pourrez toujours revenir et demander des choses plus tard.

 

La friandise comme maintien des relations

un dorayaki : une confiserie faite de deux pâtes en forme de petits pancakes qui enveloppent une garniture de pâte à base de haricot rouge dit anko mais pas que. Exemple ici avec une garniture avec de la crème et des morceaux de châtaignes.

 

Vous avez eu un échange avec une personne et vous la trouvez sympa ?

 

Vous pouvez de temps en temps lui ramener des friandises et peut-être qu’elle fera de même parce qu’elle vous trouve sympa aussi ! C’est comme un consentement mutuel pour le meilleur et pour le pire de votre taux de glucide.

 

C’est aussi une manière de dire professionnellement, ne m’oubliez pas, je suis toujours là.

 

Les friandises comme attention du quotidien

un taiyaki : une gauffre fourrée en forme de poisson

 

Car oui je parle des friandises et des collations mais il s’agit d’un monde bien stratifié.

 

À chaque friandise son objectif à remplir. Les biscuits, bonbons et autres dont vous ne faites qu’une bouchée seront comme une marque de tendresse dans le rythme effréné du quotidien.

 

Les friandises comme marque de privilège

un yokan : une gelée à base d’agar-agar souvent aux fruits

 

Pour les friandises plus prisées, parce que plus chères, mieux emballées, etc. on vous les offrira aussi, mais en petit comité. On prendra le soin d’attendre que d’autres personnes soient parties ou ne remarquent rien, pour vous les donner. On ne veut pas faire de jaloux ou on veut vous faire comprendre que vous êtes privilégié de les recevoir.

 

C’est cependant plus rare.

 

Les friandises sont un monde structuré

une part de chiffon cake  aussi appelé gâteau mousseline en français, à la citrouille

 

Les friandises sont pour moi un médium de la communication au Japon, mais attention,  il y a des règles.

 

Voici celles que je pense avoir intériorisées :

 

Règle 1 : on offre difficilement à une seule personne. S’il y a des gens autour, vous devez aussi leur proposer. Il faut parfois trouver le bon moment.

 

Autre technique : offrir un sachet de friandises où vous dites que c’est pour la personne, mais aussi ses collègues.

 

Règle 2 : il est possible de se refiler les sucreries des autres ou de dire : ce sont les sucreries que X m’a données, ou je les ai reçues gratuitement à telle occasion et je vous les donne maintenant.

 

Règle 3 : je ne me souviens pas avoir vu une personne refuser une friandise acceptée par d’autres.

 

 

Tout cela reste bien évidemment subjectif, mais tellement présent dans l’alchimie des relations humaines.

 

Sur ce, après tous ces beaux sentiments, je vais me brosser les dents.

 

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